L’agriculture et l’agroalimentaire numérique

Cette conférence a été co-préparée et co-animée en complicité avec deux leaders « branchés » en production laitière au Québec: Sabrina Caron et Frédéric Marcoux.

J’en profite pour les remercier chaleureusement pour leur entière collaboration et leur veille permanente.  Leur curiosité, leurs « antennes » et leur volonté à faire circuler l’information font d’eux des actifs précieux sur lesquels l’industrie doit investir pour capitaliser au profit de tous ses acteurs.

Nous avons livré cette présentation dans le cadre du premier colloque des technologies d’informations en agriculture et en agroalimentaire au Québec du CRAAQ (Centre de Référence en Agriculture et Agroalimentaire du Québec).


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Vers une traçabilité éthique et "écohérente"

Ouf!  Comme dirait mon ami Pierre Fraser, que de « contextualisants » et de concepts dans ce titre!  Je vais tenter de vous démêler tout ça et y mettre du sens.

Les mystèrieuses « enveloppes brunes »

Ça brasse « dans la cabane » ces temps-ci.  Les odeurs de corruption à la ville de Montréal et le silence du gouvernement pour la tenue d’une enquête publique malgré la pluie d’allégations sèment des doutes sérieux sur l’intégrité de nos politiciens, des gestionnaires et du système en général.

Cette désolante réalité qui nous coûte collectivement une fortune n’est pas locale, mais planétaire.  Peu importe où ça se passe, le problème avec les « enveloppes brunes » qui circulent, c’est qu’elles ne sont pas traçables.

Traçabilité – intégrité – T.I.

Les programmes C-TPAT(américain), PEP (canadien) ou SAFE (mondial) visent à sécuriser toutes les composantes d’une chaîne d’approvisionnement d’un produit importé sur le territoire des pays concernés.  Sans entrer dans les détails, les trois éléments majeurs de ce programme permettant aux Opérateurs Économiques Agréés (OEA) de franchir les frontières le plus rapidement possible sont:

  • traçabilité de tous les processus des entreprises membres;

Qu’il s’agisse d’un registre manuel des visiteurs, d’une carte d’accès électronique pour contrôler l’entrée d’un employé, d’un système manuel de gestion des sceaux de sécurité, de la confirmation d’une commande, du paiement d’un partenaire d’affaires, d’un système RFID pour la gestion des stocks, d’un système GPS pour localiser les conteneurs dans leur route vers le client ou de la conformité douanière de toute la documentation d’une entreprise, la traçabilité de tous les processus d’une organisation est une condition d’admissibilité au programme et de gestion de cette culture de sécurité.

  • gestion de l’intégrité à tous les niveaux de l’organisation:

Qu’il s’agisse des installations physiques et de leurs accès, des approvisionnements et des produits fabriqués, du personnel et des partenaires d’affaires (produits et services), de la documentation et des systèmes d’informations,  tous les processus de l’organisation doivent être documentés, contrôlés et disposer de processus de réactions correspondants si une faille d’intégrité ou, dans le jargon des experts en assurance qualité, une non-conformité survient.

  • l’utilisation maximale des Technologies de l’Information (T.I.).

Que ce soit pour la gestion des documents, la télésurveillance de certaines aires critiques, la géolocalisation des produits et des équipements ou les communications entre les autorités douanières internationales, cette rigueur de gestion de l’intégrité requérant une traçabilité optimale ne peut malheureusement pas se réaliser sans une utilisation des Technologies de l’Information (T.I.).

D’une traçabilité à des fins de sécurité vers une traçabilité éthique et « écohérente »

Si les premiers motifs pour implanter un tel niveau de traçabilité sont de nature économique, cette capacité pourrait bien servir à d’autres desseins très prochainement.  Wal-Mart a récemment déployé un nouveau programme pour établir le profil de gestion environnementale responsable de ses fournisseurs.  Le diagnostic initial transmis à ses fournisseurs est le Wal-Mart Sustainability Assesment

Wal-Mart n’investit pas par philanthropie.  Est-ce que ce leader mondial commence à réaliser la valeur économique pour les consommateurs à connaître le niveau d’intégrité des entreprises liées à la fabrication d’un produit pour confirmer leur décision d’achat?  Nous commençons à voir apparaître la capacité à mesurer la valeur économique d’une gestion rigoureuse de l’éthique et de l’intégrité à tous les niveaux.

Le programme C-TPAT fut initié suite à une séance de travail avec seulement 6 entreprises à l’automne 2001.  Depuis, plus de 50% des importations américaines sont maintenant réalisées par des membres C-TPAT en quelques années seulement.  Je suis très intéressé d’observer et d’analyser l‘impact qu’aura l’initiative de Wall-Mart sur l’ensemble des autres chaînes d’approvisionnement mondialement.

Que ce soit pour réduire les risques d’attaques terroristes (OEA), pour réduire au maximum les fraudes fiscales suite aux fameux scandales d’ENRON (SOX) ou pour fournir une information plus complète aux consommateurs avant de confirmer leur choix, une culture et des systèmes de traçabilité s’installent mondialement.

Nos gestes révèlent davantage que nos paroles!

J’ai toujours enseigné à nos enfants que ce n’est pas ce qu’ils disent qui m’intéressent, mais ce qu’ils font.  C’est la même chose avec mes partenaires d’affaires.  Ce ne sont pas leurs discours qui m’interpellent, mais le flux, l’intégrité et la pertinence de leurs actions.

Afin de « changer le monde, un geste à la fois », le premier geste proposé par Équiterre pour un développement véritablement durable est de: S’engager à réduire l’empreinte écologique de son organisation.

À l’instar de la culture de gestion Toyota, pour réduire notre empreinte environnementale et éliminer les gaspillages, il est essentiel de pouvoir la mesurer; la tracer.  Par conséquent, plus la traçabilité des chaînes d’approvisionnement sera efficace, plus les entreprises pourront gérer des processus  « écohérents » qui « concilient l’économie et l’écologie de façon cohérente » (Yves Lusignan).

De cette façon, l’acheteur corporatif ou individuel disposera d’une information plus complète pour faire un choix éclairé et politiquement significatif.

Vers une norme « ISO intégrité »

Le développement d’une nouvelle norme ISO 26000 visant la responsabilité sociale des organisations constitue une évolution intéressante pour encadrer la gestion de cette culture d’intégrité et l’impact des gestes à tous les niveaux d’une organisation à l’échelle planétaire.

En complément à toutes les autres initiatives mentionnées précédemment, je souhaite que l’émergence de cette culture de traçabilité inspire autant les entreprises que les organisations politiques.  De cette façon, nous disposerons du maximum d’information pertinente pour conclure une transaction éclairée:  qu’il s’agisse d’un achat ou d’un vote!

Êtes-vous C-TPAT, PEP, SAFE ou OEA (opérateur économique agréé)?

Dans le Web, quelle est la différence entre les affaires internationales et les affaires locales?

Avec la proportion de nouveaux résidents nés dans un autre pays,  ce n’est certes pas la langue et la culture du client.   Il devient tout aussi utile de les connaître pour prospérer dans certains quartiers localement.

La principale différence réside dans le fait que les produits physiques doivent franchir des frontières; ce qui signifie que les entreprises doivent composer avec le cadre législatif de chaque pays concerné.

Qu’est-ce que le C-TPAT?

Conséquence des attentats du 11 septembre 2001 à NY, le gouvernement américain a initié une croisade sans précédent contre le terrorisme international.  En fonction depuis 2002, le programme C-TPAT (Customs-Trade Partnership Against Terrorism) a pour objet la sécurité des produits acheminés aux États-Unis.

Ce programme a contribué au déploiement d’une nouvelle culture d’intégrité et de « traçabilité » des composantes des chaînes d’approvisionnement à l’échelle internationale.

Pour devenir membre C-TPAT, chaque entreprise participante volontaire doit d’abord conduire un diagnostic de ses processus de sécurité existants pour toutes les installations qu’il a sous son contrôle et les actualiser en fonction des critères définis dans le programme.   Le diagnostic doit couvrir les aspects suivants :

  • Sécurité des équipements de transport;
  • Sécurité physique;
  • Contrôle des accès ;
  • Sécurité du personnel ;
  • Formation et sensibilisation du personnel ;
  • Sécurité des processus logistique et documentaire;
  • Sécurité des systèmes d’information ;
  • Sécurité des partenaires d’affaires.

L’accréditation au programme C-TPAT est accordée par les autorités douanières américaines (CBP Customs Border Protection) à une entreprise dont le profil de sécurité est jugé conformes aux plus récents critères en vigueur.  Les processus de sécurité doivent être documentés, appliqués, gérés et actualisés au besoin.

Favorisant un passage accéléré à la frontière, des avantages sont conférés aux chaînes d’approvisionnement qui agiront comme « partenaires » actifs dans cette lutte contre le terrorisme, la contrebande et autres activités criminelles.  Des conséquences affectant la fluidité logistique vers leurs clients sont à prévoir pour les autres.  Et ça ne touche pas seulement le commerce avec les États-Unis.

Qu’est-ce que le PEP?

Administré par l’Agence des Services Frontaliers du Canada (ASFC), le programme PEP (Partenaires En Protection) est l’équivalent canadien du C-TPAT.  Il a été actualisé et fait l’objet d’une entente de reconnaissance mutuelle avec ce dernier à l’été 2008.

Qu’est-ce que le SAFE?

Le 24 juin 2005 et directement inspirés du programme américain C-TPAT, les 166 membres de l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD) représentant 99% du commerce international ont adopté à l’unanimité le cadre de normes SAFE visant à sécuriser et à faciliter le commerce mondial.

Le programme SAFE de l’Union Européenne est entré en vigueur le 1er janvier 2008.  Par exemple, les autres pays membres de l’OMD sont à des étapes différentes d’implantation de leur propre adaptation du programme SAFE.

Êtes-vous un opérateur économique agréé (OEA)?

Que ce soit C-TPAT, PEP ou SAFE, après avoir démontré l’intégrité de leur gestion opérationnelle et documentaire, les différentes parties des chaînes d’approvisionnement international pourront obtenir le statut d’Opérateur Économique Agréé (OEA) / Authorized Economic Operator (AEO).

Ils pourront alors profiter des avantages spécifique qui leurs sont destinées dont la réduction des contrôles douaniers et l’accélération du passage aux différentes frontières des pays importateurs.

Êtes-vous une entreprise de classe mondiale?

Un client ne veut pas subir les conséquences et les coûts liés à un ralentissement de la livraison de ses produits.  Que la transaction soit conclue dans le Web ou autrement, dans une économie mondiale liée électroniquement, l’efficacité logistique constitue donc un facteur stratégique de pénétration de nouveaux marchés internationaux.

Pour le développement de vos affaires dans le Web, le principal défi n’est pas uniquement de vous faire connaître et de vendre, mais de livrer les résultats et les produits au rythme du client…où qu’il soit!

Fournisseurs canadiens, oubliez le C-TPAT et mettez-y du PEP!

Il y a un an déjà au siège social de l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD) à Bruxelles, j’assistais à la première conférence mondiale du programme SAFE visant à Sécuriser et à Favoriser le commerce international.

Faisant suite à l’engagement pris par tous les membres de l’OMD en juin 2005, ce programme vise à accréditer des Opérateurs Économiques Agréés (OEA) dans les chaînes d’approvisionnement mondialement.  Largement inspiré du programme C-TPAT lancé en 2002 par les autorités douanières américaines (Customs Border Protection – CBP), le cadre de normes SAFE constitue la pierre angulaire de cette nouvelle culture de gestion douanière.

Des pays comme le Canada, la Nouvelle-Zélande et la Suède possèdent déjà des programmes équivalents.  L’Union Européenne (UE) a mis en branle son programme SAFE le 1er janvier 2008.  La Chine, le Japon et Singapore sont à compléter les leurs.   Il est intéressante de souligner que Madagascar a formalisé son cadre de normes SAFE sous forme de loi.

Reconnaissance mutuelle:

Pendant ces deux jours, la volonté des participants de signer à court terme des ententes de reconnaissance entre les programmes SAFE de leur pays respectif et le programme américain C-TPAT a largement dominé les échanges.

À l’instar de la première entente du genre à être convenue entre le CBP et la direction des douanes de la Nouvelle-Zélande en 2007 suivies de celles avec le Canada et la Jordanie en 2008, l’Union Européenne, Singapore, le Japon et la Chine se sont engagés en ce sens.

Ces reconnaissances mutuelles visent une meilleure harmonisation des programmes tout en permettant aux entreprises privées certifiées dans un pays d’amortir leurs investissements en matière de gestion de la sécurité.

Le hic!

Suite à l’annonce de la première entente de reconnaissance mutuelle signée entre le US-CBP et la direction des douanes de Nouvelle-Zélande, j’ai posé cette question qui est toujours d’actualité:  est-ce que les entreprises canadiennes s’étant inscrites et ayant été certifiées C-TPAT à titre d’Importer* mais non résidentes aux États-Unis pouvaient bénéficier de cette reconnaissance par extension? J’ai pensé que ça serait tout un avantage pour les entreprises canadiennes ayant investi à devenir membre C-TPAT de profiter des ententes de reconnaissance au fur et à mesure qu’elles seraient signées.

(*Il faut comprendre, qu’en vertu de l’accord du libre-échange avec les États-Unis, une entreprises canadienne (et mexicaine) peut détenir un numéro d’importateur US (Importer of record number) pour faciliter les procédures de dédouanement.)

Les représentants du US-CBP et de la direction des douanes de la Nouvelle-Zélande ont été surpris de la question… et en ont pris bonne note.  Un influent conseiller auprès des autorités douanières mexicaines l’a fortement appréciée.   Par la suite, après avoir annoncé leurs négociations en cours d’ententes similaires, j’ai posé à nouveau la question aux représentants des autorités douanières de l’UE et de Singapore.  Ces derniers ont tous reconnus sa pertinence sans pouvoir y répondre sur le champ.

J’ai alors poursuivi mes démarches après cette conférence pour obtenir un courriel du directeur du programme C-TPAT me confirmant en substance que les entreprises membres C-TPAT non résidentes US ne pourraient pas profiter de ces ententes par extension.  Par conséquent, c’est la responsabilité de chaque pays de conclure ce type d’entente avec les autres partenaires commerciaux.

En conclusion:  Mettez-y du PEP!

Pour les manufacturiers canadiens ne disposant pas de ce fameux numéro d’importateur US et leurs fournisseurs n’exportant pas directement, il n’y a aucun intérêt à vous inscrire au programme C-TPAT.  Vous devriez concentrer votre attention uniquement sur le programme PEP (Partenaires En Protection) canadien qui a été harmonisé avec le C-TPAT en juin dernier.

Parce que c’est une des conditions pour profiter de la ligne FAST visant le passage accéléré aux postes frontaliers pour le transport terrestre, les transporteurs canadiens et les entreprises canadiennes disposant d’un « US Importer of record number » ont intérêt à maintenir et à bonifier leur accréditation C-TPAT.  Toutefois, ils ont également intérêt à faire de même avec le programme PEP afin de profiter des ententes de reconnaissance mutuelle que le Canada signera à l’avenir.   La conformité de leurs processus de sécurité au programme américain C-TPAT leur simplifiera grandement l’adhésion au programme canadien PEP.

Considérant que nous n’étions que très peu de consultants canadiens sur place, il n’y a pas beaucoup d’entreprises qui sont au courant de cette subtilité permettant d’amortir au maximum les investissements liés à l’implantation et le maintien de leurs processus de sécurité.  Ce n’est plus le cas maintenant!